Procès de la « petite martyre de l’A10 » : les parents d’Inass jugés à Blois, 39 ans après sa mort

Le procès de la « petite martyre de l’A10 » s’est ouvert ce lundi 2 novembre 2026 devant la cour d’assises du Loir-et-Cher, à Blois : les parents d’Inass Touloub, fillette retrouvée morte au bord de l’autoroute en août 1987, comparaissent 39 ans après les faits. La mère est accusée de « torture et actes de barbarie ayant entraîné la mort sans intention de la donner », le père de complicité. Tous deux, aujourd’hui septuagénaires, sont présumés innocents.

Le verdict est attendu autour des 17 et 18 novembre, selon France 3 Centre-Val de Loire.

En bref
• Ouverture du procès ce lundi 2 novembre 2026 aux assises de Blois, pour environ trois semaines.
• La victime, Inass, avait environ 4 ans lors de la découverte de son corps le 11 août 1987 à Suèvres (Loir-et-Cher).
• L’enfant est restée sans identité pendant 31 ans, malgré le plus grand appel à témoins jamais lancé en France.
• Une correspondance ADN en 2018 a permis d’identifier la fillette et de remonter jusqu’à ses parents.

Un corps découvert le 11 août 1987, une enfant sans nom pendant 31 ans #

Le 11 août 1987, des agents de la société d’autoroute Cofiroute qui fauchaient les abords de l’A10 découvrent le corps d’une fillette dans un fossé, à hauteur de Suèvres, entre Orléans et Tours. Selon France 3, la découverte a lieu vers 15 h 20, au kilomètre 135, dans le sens Paris-province.

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L’enfant, âgée d’environ 4 ans, est enveloppée dans une couverture. Son corps porte de multiples marques de violences : l’enquête relève notamment des traces de brûlures attribuées à un fer à repasser et des cicatrices de morsures humaines, imputées à une femme selon les médecins légistes. Un magistrat évoquera à l’époque « une plaie de la tête aux pieds ». C’est cette accumulation de sévices qui vaudra à l’enfant inconnue le surnom de « petite martyre de l’A10 ».

Le plus grand appel à témoins jamais lancé en France #

Pour tenter d’identifier la fillette, son signalement est diffusé dans plus de 30 pays. Sa photo est placardée dans 65 000 écoles et 30 000 mairies, ce qui en fait, selon Franceinfo, le plus grand appel à témoins jamais organisé dans le pays. Sans résultat : une première enquête est close en février 1991, une réouverture suit en 1994 après l’émission « Témoin numéro 1 » de Jacques Pradel, puis un nouveau non-lieu tombe en 1997.

En 2007, le parquet de Blois rouvre le dossier et fait réaliser de nouvelles analyses génétiques sur les scellés. Le profil ADN de la petite victime et ceux de sa famille biologique sont reconstitués, mais ils ne correspondent alors à personne dans les fichiers.

2016-2018 : une bagarre de restaurant, puis l’ADN qui parle #

Le basculement vient d’un fait divers sans rapport. Le 21 octobre 2016, plusieurs hommes sont interpellés après une bagarre dans un restaurant de Villers-Cotterêts, dans l’Aisne. Le profil génétique de l’un d’eux, versé au fichier national des empreintes génétiques, correspond à celui d’un frère de la fillette.

En 2018, la comparaison avec les traces relevées sur les vêtements et la couverture confirme l’identification : l’enfant de l’A10 s’appelait Inass Touloub, troisième d’une fratrie de sept enfants nés entre 1978 et 1991. Ses parents sont interpellés en juin 2018, puis mis en examen. En garde à vue, aucun des deux n’a reconnu être l’auteur des violences mortelles ; chacun a accusé l’autre de violences au sein du couple, selon Franceinfo.

Ce que la cour devra trancher #

La mère, Halima El Bakhti, répond de « torture et actes de barbarie ayant entraîné la mort sans intention de la donner », un crime puni de la réclusion criminelle à perpétuité. Le père, Ahmed Touloub, est renvoyé pour complicité. France 3 rapporte des déclarations troublantes de la mère lors d’une audition : « Quand je la tape, je deviens une autre personne », ou encore : « On dirait qu’il y a quelque chose qui me pousse à taper la petite. Je ne comprends pas. »

Ces propos, comme l’ensemble du dossier, seront débattus contradictoirement à l’audience. Les deux accusés restent présumés innocents jusqu’à la décision de la cour.

Un des frères d’Inass a confié aux enquêteurs avoir « toujours senti qu’il y avait quelque chose de pas normal dans cette famille », toujours selon France 3.

Un procès hors norme, 39 ans après les faits #

Juger un crime commis en 1987 pose des questions rares : témoins disparus ou vieillissants, souvenirs érodés, accusés âgés. Le dispositif prévu à Blois donne la mesure de l’événement, détaillé par France 3 : un budget de 206 000 euros, auxquels s’ajoutent 140 000 euros de matériel de visioconférence, une salle d’audience de 72 places dont 15 réservées à la presse, et une salle de retransmission de 45 places à 200 mètres du palais.

Les débats doivent durer environ trois semaines. La justice française a déjà connu des dossiers criminels jugés très longtemps après les faits, mais rarement avec un tel écart entre la découverte du corps et l’audience. D’autres affaires criminelles récentes, comme la reconstitution organisée dans l’affaire Jubillar, rappellent le poids de ces étapes procédurales dans les dossiers au long cours.

Et maintenant ? #

Les premiers jours d’audience doivent être consacrés à la personnalité des accusés et à la chronologie de l’enquête, avant l’examen des faits eux-mêmes. Le verdict est attendu entre le mardi 17 et le mercredi 18 novembre 2026, selon France 3. Quelle que soit l’issue, ce procès referme l’un des plus anciens dossiers non élucidés de la justice française contemporaine : celui d’une enfant qui, pendant 31 ans, n’a même pas eu de nom.

Questions fréquentes #

Pourquoi parle-t-on de la « petite martyre de l’A10 » ?

Parce que le corps de la fillette, découvert le 11 août 1987 au bord de l’autoroute A10 à Suèvres (Loir-et-Cher), portait de très nombreuses marques de sévices — brûlures et morsures notamment. Faute d’identité connue pendant 31 ans, ce surnom s’est imposé dans la presse.

Pourquoi le procès n’a-t-il lieu que 39 ans après les faits ?

L’enfant n’a été identifiée qu’en 2018, grâce à une correspondance ADN avec un membre de sa famille fiché après une bagarre en 2016. S’y sont ajoutés des recours des parents et du parquet contre l’ordonnance de mise en accusation, qui ont encore retardé l’audience.

Que risquent les accusés ?

La mère est accusée de torture et actes de barbarie ayant entraîné la mort sans intention de la donner, un crime puni de la réclusion criminelle à perpétuité ; le père est jugé pour complicité. Tous deux sont présumés innocents tant que la cour d’assises ne s’est pas prononcée.

À retenir — Le procès des parents d’Inass Touloub s’est ouvert le 2 novembre 2026 aux assises de Blois, 39 ans après la découverte du corps de la fillette sur l’A10. Identifiée seulement en 2018 par l’ADN, la « petite martyre de l’A10 » est au cœur d’un dossier hors norme dont le verdict est attendu aux alentours des 17-18 novembre. Les accusés sont présumés innocents.

Sources : France 3 Centre-Val de Loire · Franceinfo

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